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2026

Les cils d’une
Petite pendule

Tutoient le temps sans permission
Tout se conjugue de manière illogique
D’une relation entre les cils et la pendule



Quand mon coude rencontre mon autre coude
Et qu’ils se parlent
Discutent

Car ils s’ennuient,
Comme des homosexuels. Vivent







Atmosphere is a better word
















« L'urgence à dire et l'urgence à faire constituent pour Gabriel Gallardo un moteur de création. Et ça fonctionne à plein régime, alimentant poèmes et sculptures de tout ce qui se présente, y compris ce qui était voué au rebut – les pensées comme les fripes – et de ce qui est relégué dans les marges – des choses et des êtres. C'est une manière de tout accueillir, d'affirmer radicalement le réel, de dire oui à tout, surtout si c'est inattendu. Pourtant, tout commence par un refus : celui de devenir architecte après l'obtention d'un diplôme, la même année où des promotions d'ingénieur.es décidaient de rompre avec les modèles qu'on leur a enseigné pour ne plus participer à l'injustice sociale et à la destruction logique du vivant. Comme elle.eux, il décide de bifurquer. En entrant aux beaux-arts, il se pense « architecte en déconstruction », guidé par l'art et l'éthique d'un Gordon Matta-Clark dont les « anarchitectures » formulent une critique du projet moderniste à coup de masse. Ici la méthode est plus douce, même si elle implique un démantèlement anatomique et syntaxique, tandis qu'il s'agit de reconstruire sur les débris une « figure du poète responsable ». Les prototypes font place aux sculptures protocorps, peuplant le vide de figures fragmentaires, trouées, queers et souvent désirantes, qui modèrent la rencontre avec le texte dans l'espace. D'ailleurs, il y est souvent question d'une rencontre et de nouveaux possibles, en dépit de sentiments plus graves : la solitude, le deuil, l'indignation, la colère. »

Julie Portier, curatrice à la Salle de Bain, dans le cadre de l'exposition collective Superbal, Lyon, France



« À partir des restes d'une œuvre collective précédente, Gabriel Gallardo reconstruit un espace entre sculpture et architecture, sur place, dans un angle de Superbal. Avec un vocabulaire formel composé d’éléments trouvés et de fragments, il agence ce coin et équilibre son geste avec une image qui elle aussi fait appel au volume, avec ses vides et sa structure : une photographie prise depuis un cône de papier enroulé sur lui-même, dont la lecture ne se donne pas au premier regard. Dans un rapport savant, intime et queer avec la discipline de l’architecture, il apporte une grande attention au détail et à la simplicité. Sa pratique passe également par le texte, déployé dans l’espace, mis en jeu dans des constructions ou sous la forme d’éditions, dont certaines sont ici consultables à l’entrée de l’exposition. »

Xavier Julien, directeur et comissaire d'exposition, dans le cadre de l'exposition collective Superbal, Lyon, France

2025

Les trains circulent à nouveau
Le
Soleil tombe vers l’est
Les rayons rejoignent l’ombre

Tu dis. Car tu penses








L’espace pendant entre les saisons
fonctionne toujours comme un moment de réconfort











Y-a-t-il plus de personnes aux yeux marrons que bleus ?
Ou bien les deux ?
Une dame remplit au travail son emploi du temps
pour le lendemain la semaine prochaine
Le lendemain la semaine prochaine
elle écrit son emploi du temps pour le lendemain

J’écris en gros sur mon portable
Police 30
Presque
Pour les vieux ou les aveugles
Une personne toute tatouée sur le visage
Tous les jours ce visage
Devant le miroir
Tatoue
C’est pour
Tout le monde
Tous les
Jours le même visage
Tous les jours le visage
Devant le miroir

Architecture is to blame for everything








« Gabriel Gallardo est né en 1998 en région parisienne. Il vit et travaille dans le moment présent. Diplômé de L'EnsaPvs en 2022, il est sur le point de présenter son projet de Dnsep à L’Ensba Lyon. Architecte, artiste, poète, chiffonnier, il travaille avec des éléments empruntés, entre mots, field recordings et objets récupérés. Il les assemble en systèmes à la monumentalité fragile, où ces fragments trouvés, tenus par l’incertain et l’indicible, sont comme sauvés le temps d’être regardés de l’oubli et du gâchis. Il propose des espaces au sein desquels la déambulation encourage la multiplicité des lectures de relations d’équilibre et de tension, de mouvement et d’attention. Ses pièces comme ses textes sont empreints d'un souci particulier pour la façon dont le regard traverse les pages comme les espaces, pour la ligne et ce qui la dévie. Par ailleurs, il est le premier conférencier intervenant dans le cycle PhD (conférences amateurices) à être, in fact, hyper diplômé, mais il y trouve sa place de la même façon qu’émergent des desire paths : parce qu’en discutant de ses idées pour venir vous parler, il m’a dit quelque chose du genre, "la première architecture était pour les morts", et m’a présenté la climatisation comme le facteur le plus déterminant dans l’histoire de l’architecture. Voici donc, en première mondiale, sa minor history of architecture, celle de l’anecdote, de ses anecdotes, adressées à toustes celleux qui ont quelque chose à sauver du gâchis. »

Louise Cointepas-Robin, dans le cadre d'une conférence Architecture is to blame for everything donnée à l'EnsbaLyon en 2025

2024

Ma vie procrastinée





Ma vie procrastinée ou l’enjeu d’un aller-retour entre une prose pour vivre et vivre pour écrire. Ce travail rend compte d’un ensemble de gestes multipliés où les mots ouvrent des portes. Ce sont les phrases des romans sans histoires faits de textes et de poèmes. C’est l’espace de chroniques qui défendent mon positionnement quant à ma manière de faire de la poésie et projeter celle-ci au présent. Les sujets abordés sont ceux de la poésie contemporaine, de l’action concrète, de la contrainte liée à ma formation d’architecte et de ma position en tant que jeune gay dans une société démocratique toute relative. L’ensemble de mon propos cherche à rapprocher des notions parfois trop distinctes, à déconstruire un paradigme vers une émancipation du genre à la fois me concernant et, littéraire, celui de la prose.

Je suis plein
J’existe et j’exige de la profondeur,
du vide et du plein dans les choses,
de la matière,
de la perspective
Je me pose des questions sur la matière que
tu deviens
Je suis tourmenté quand je pense que
tu n’es pas là
Et, pire encore, il m’arrive de penser que
c’est parce que tu n’es plus là que j’existe davantage

La canicule est comme une grosse fièvre. Ce soir, en plein mois d’août, quand j’arrose les plantes, les feuilles me regardent presque en pleurant. Abattues par la chaleur, elles sont molles et leurs têtes ressemblent étrangement aux formes humaines. Leurs visages tirent vers le bas. Les voir aussi lasses c’est les entendre geindre et s’essouffler.

Les jours d’août sont souvent presque vides. L’été fut décousu, les journées envolées. J’ai laissé mes larmes lors d’un trajet en train. Est-ce que je souffre moins ? Quand je lis sur un tee-shirt « Accueillez la HD », je me dis que le temps passe, certes, mais qu’il est déjà passé. Bizarrement, ça me rassure.

Que dit-on aux enfants quand ils pleurent ?

J’ai redouté ta réaction quand je t’annoncerai que je suis pédé. Je me rappelle que je ne cherchais d’ailleurs pas à te l’annoncer comme ça. Je préférais dire que j’aime les hommes. Parce qu’à 23 ans, j’avais quand même envie de déjouer le stigmate. J’avais le souci de finesse pour me distinguer de la tendance universelle au coming-out. Je redoutais te l’annoncer, je préférais dire le silence, la honte. La honte Le fait de dire Et que j’ai le droit

Plus grande chose que j’ai dans Ma vie procrastinée

Les chiens sourient bien mieux que les humains Ton sourire qui est le mien.

C’est le silence de la honte. Et ça fait une vie refoulée. Le retard qu’un jour dans sa vie tout homme gay connaît, la seule différence. Une vie de dizaine d’année de honte. Je me rappelle ce jour où je t’en ai parlé. J’ai le souvenir encore une fois d’un jour d’été. Faut-il qu’il fasse toujours chaud, nos corps transpirants et les mains moites, quand on traverse ces choses-là ?

Je redoute vraiment l’été désormais.

L’eau qui leur faut vient
s'ajouter

Aux larmes qui manquent






La solitude est difficile à vivre depuis le vide

Les scientifiques parlent de tunnels d’air dans le ciel
C’est un tunnel d’air dans mon ventre
J’aurai pu dire les choses plus tôt
J’aurai pu aimer les filles, vraiment désirer l’autre sexe
J’aurai pu m’adresser à toi plus facilement
Rentrer dans une équipe de rugby
Regarder les matchs de foot, m’inscrire au club de voile


Remarquer qu’une chose


- Quand on l’aime -

Gonfle plus encore
Qu’on ne le croit